La Grande Traversée des Alpes Part.2
Jour 15
J'ai mal dormi, je suis fatiguée et de mauvaise humeur aujourd'hui... désolée papa!
Ce matin les cerfs se donnent de l'autre côté de la vallée, j'en ai des frissons! On croise deux chamois sur le chemin, quelques vipères dans les cailloux et voilà qu'on débouche suite à une rude montée, sur l'horrible village d'Auron.
On dérange deux chevreuils sur un joli chemin puis on arrive au col du Blainon où l'on fait une agréable et longue pause en méditation au pied des mélèzes. Le vent siffle entre les branches, les criquets chantent et me voilà au paradis. Je me perds dans mes pensées et me dis que je vis quelque chose d'incroyable. Je me sens si bien, je pense aux gens qui sont au travail et qui vivent leur train train quotidien. Je m'envie en ce moment et je veux ressentir ça plus souvent dans ma vie!
On descend sur le hameau de Roya, dès que je me mets à marcher je broie du noir malgré tout ce que je viens de penser. Marcher est au premier abord la chose la plus simple à faire mais c'est tellement dur mentalement et physiquement. Pendant cette descente j'en ai vraiment marre, il fait trop chaud, on se trompe de chemin, je suis fatiguée et je me dis qu'il nous reste ENCORE 10 jours de marche... mon moral n'est pas au top aujourd'hui.
Total parcouru:
853m+ / 515m- / 5h15 / 13km
Jour 16
Depuis plusieurs jours on fait les mêmes étapes que Claude, on se croise sur le chemin la journée et on se retrouve tous les soirs.
Ce matin le moral est à nouveau là, on commence a marcher dans une forêt de sapins. Tout en marchant j'observe toujours les alentours en quête du moindre animal. Et ce matin je fais bien de lever les yeux, un chamois, trois biches et un gros cerf en face! On s'arrête pour les observer un moment aux jumelles, tandis qu'une américaine pas plus vieille que moi nous double!
On continue notre chemin, on débouche sur un troupeau de moutons rassemblés dans un enclos avec la bergère. On se dit alors: "Pas de souci, posons-nous sur un caillou pour grignoter un petit truc", pendant que l'américaine continue son chemin devant nous.
Mais très vite on se rend compte que le troupeau de moutons est en fait encerclé par pas plus de 8 chiens. Et dont 3 d'entre eux, les plus gros évidemment, se mettent à aboyer, grogner et à courir sur l'américaine.
Moi et mon amour pour les chiens (ironie), je capte très vite qu'il faut pas rester ici et voilà que les trois molosses se dirigent droit sur nous.
Grosse angoisse d'enfance qui refait surface, blocage total, je suis complétement tétanisée et envahie par la peur. Je pleure comme une enfant, je contrôle plus rien, je suis un bloc de muscles crispés et je tremble comme une feuille. L'un des trois chiens fait quasiment ma taille, c'est un berger d'Anatolie (je vous laisse taper ça sur Google image), les deux autres sont des patous. Mon papa pas beaucoup plus rassuré que moi me prend la main et me tire pour qu'on continue notre chemin. Il nous suffira d'avancer quelques mètres pour qu'ils nous foutent la paix.
Ppppffffffiiiiiiouuuuuhhhhhhh!
Mon dieu quelle frayeur! Je mets un petit moment à m'en remettre. J'ai encore une boule au ventre quand j'écris ces quelques lignes...
Les émotions passées, on continue notre balade jusqu'au col de la Crousette, une vingtaine de chamois broutent au dessus de nous et des vautours fauves font leur ronde autour des sommets.
Ca grimpe encore jusqu'à la stèle Valette du Mont Mounier où l'on a une vue à 360°, incroyable, des montages à perte de vue! On redescend jusqu'au col des Moulines.
Dernière montée pour arriver sur un immense plateau puis au refuge de Longon.
On est samedi, la cabane est complète, on est super bien accueilli, l'apéro est offert et on nous fait goûter la socca et la pissaladière qui sont des spécialités niçoises.
Cette nuit on dort à même le sol, dans l'ancienne étable non chauffée du refuge.
Total parcouru:
1240m+ / 869m- / 7h30 / 18 km
Jour 17
Ce matin, on dit au revoir à Claude qui continue son chemin sur le GR5 jusqu'à Nice tandis que nous on dévie sur le GR52 jusqu'à Menton. On se promet de se donner des nouvelles à la fin de notre parcours et c'est chose faite!
Aujourd'hui c'est une des plus longue étape prévue, 8h30 de marche pour 21km d'après le livre. Ca me fatigue avant même d'avoir commencé à marcher.
Mais bon aller, c'est parti, "petite" descente jusqu'à l'arboretum Marcel Kroenlein. Ni l'envie ni le temps de faire un grand tour mais je jette quand même un coup d'oeil et c'est super joli!
On continue à descendre jusqu'à St-Sauveur-sur-Tinée en passant par Roure. Au total plus de quatre heures de descente à pic, autant dire qu'on en a pleins les jambes. Mes pieds et mes genoux me supplient de m'arrêter.
On est content d'arriver en-bas mais quand on voit tout ce qu'il nous reste à faire aujourd'hui, on est très vite décourager. Coup de mou aujourd'hui pour mon papa et moi. On décide alors de tenter le stop pour nous emmener un village plus haut et ça marche! Un "gentil" monsieur nous emmène avec lui, jusqu'à La Bolline.
On a gagné plus de 2h30 de marche, yes! Plus qu'une heure jusqu'à St-Dalmas Valdeblore, il fait une de ses cuites, je déteste marcher quand il fait trop chaud, mais aller on sert les dents.
Au gîte on se retrouve avec deux suisses allemands. Le monde est petit!
Total parcouru:
321m+ / 1549m- / 5h30 / 21km
Jour 18
Même pas encore le nez dehors, qu'on voit une biche par la fenêtre.
Ce matin, on commence par faire des courses car c'est le dernier village dans lequel on passe avant quelques jours. On ajoute facilement deux ou trois kilos chacun dans nos sacs.
On entame deux heures de montée, pour tomber sur un troupeau de moutons et quatre patous...on fait moins les malins maintenant!
Premier col passé, le col de Veillos, on passe ensuite par le Lac Long et le Lac Gros pour arriver au col de Barn. De là, on découvre le plus beau de paysage à mes yeux. Le mélange de la roche, des mélèzes et des myrtilliers est magnifique! Je ne peux pas m'empêcher de m'arrêter tous les deux mètres pour contempler.
On descend, puis on remonte pour un troisième col, le col de Salèse. Encore deux heures de descente pour rejoindre Boréon. Un biche nous passe devant et voilà le gîte. On est quatre ce soir, deux belges de Namur avec nous. C'est la meilleure soirée du GR, j'ai jamais autant ris de ma vie. Ils font le même chemin que nous mais dans l'autre sens. Du coup on se raconte mutuellement ce qui nous attend pour la suite. Ils me font un peu peur, car il y aurait apparemment un endroit un peu escarpé sur le chemin...ma fois on verra bien.
Total parcouru:
1339m+ / 1163m- / 7h15 / 19km
Jour 19
On commence la journée en se posant au bord du lac du Boréon pour observer les pêcheurs. On est bien assis sur un banc au soleil, je resterai bien ici toute la journée.
On se met quand même en route pour la cabane par une très joli chemin. Arrivé au refuge, le temps se couvre, une brume épaisse s'installe. On fait connaissance avec deux anglais et trois français dont un guide à Chamonix.
Total parcouru:
676 m+ / 0m- / 2h30 / 5km
Jour 20
Il y a eu un orage cette nuit, mais heureusement le ciel est bleu ce matin. On part la boule au ventre pour moi à cause du passage escarpé mentionné par les deux Belges.
On croise un chamois jusqu'au Pas des Ladres, où l'on tombe étonnamment sur des ouvriers qui refond le chemin! On recroise plusieurs chamois avec des petits en descendant jusqu'au refuge de Madone de Fenestre où l'on s'octroie une petite pause. Et là, mangeant mes chips, je regarde la montagne et qu'est ce que je vois? Aucun doute, deux mouflons, un mâle et une femelle! Incroyable, je suis trop contente! Juste le temps de les observer aux jumelles et on repart direction le Pas du Mont Colomb dans un pierrier épuisant, on arrive en haut et en effet les deux Belges ne nous avaient pas menti, mais franchement je m'attendais à pire. Le col est un simple passage à pique de chaques côtés, quasiment pas la place de s'arrêter à deux en haut...alors on y va on descend face à la pente tellement que c'est raide jusqu'à rejoindre un autre pierrier bien casse gueule, on prend notre temps, il faut bien rester concentrer, surtout pas marcher trop vite, bien regarder où on pose chaque pied.
On longe un ruisseau jusqu'au lac de la Fous où se trouve le refuge de Nice. On voit des chamois, des marmottes partout et quelques bouquetins. Ce soir le refuge est fermé, on dort alors dans le refuge d'hiver qui est équipé de couchages et d'un poile, ni plus ni moins. On sera neufs ce soir à se partager ce petit espace et c'est déjà bien assez! Avec nous, deux Briançonnais qui ont les pieds en sang...j'ai jamais vu des cloques pareil...HORRIBLE...c'est tout juste si on voit pas l'os!
Belle surprise pendant l'apéro sur la petite terrasse, au moins seize chamois, des petits, des grands viennent brouter autour du refuge. Je m'évade un moment pour les observer. Je suis à quelques mètres seulement. Je crois qu'il n'y a rien au monde qui me rend plus heureuse et apaisée que d'être si près d'animaux sauvages et de simplement les regarder vivre leur vie.
Je fini quand même par rentrer, ça caille dehors et le soleil est presque couché et nous aussi. Je redoute un peu cette nuit, j'ai peur d'avoir froid.
Total parcouru:
+1113m / -957m / 7h30 / 19 km
Jour 21
Ce matin la terre est givrée et les petits lacs gelés. On marche jusqu'à la Baisse de Basto à nouveau dans un pénible pierrier. Je crois bien que c'est la montée la plus dure du parcours, c'est tellement raide! C'est le soleil qui nous averti de l'arrivée au col, je lève les yeux et cette vue imprenable me fait très vite oublié la douleur de la montée. Il y a quelques bouquetins au dessus et au dessous de nous. Mais ce qu'il y a surtout et que je ne vois pas tout de suite c'est la mer! Elle est là ça y est on la voit. C'est impossible, je prend un sacré coup, j'en arrête de respirer, je n'y crois pas mes yeux. C'est vraiment un sentiment dingue et il n'y a pas de mot pour le décrire. C'est vraiment la mer qu'on voit? Incroyable!
Ca motive un coup, mais on est toujours dans ces pierriers et c'est vraiment fatigant...Depuis hier on marche au plein milieu du Mercantour, dans un paysage sauvage, on est coupé de tout. Je me dis que je n'aimerais pas me retrouver seule ici. Il y a des lacs un peu partout c'est vraiment beau, on monte jusqu'à la Baisse de Valmasque et voilà la fameuse Vallée de merveilles droit devant nous. On se dépêche de descendre, pour faire un bonne pause au soleil, couchés dans l'herbe. Un chamois nous passe à côté. C'est la belle vie.
On entre ensuite sur le chemin des gravures rupestres, mais malheureusement on se rend vite compte qu'une grande partie des gravures ont été totalement recouvertes par des graffitis ignobles fait par des trous du cul d'humains qui sont incapable de respecter quelque chose d'historique et d'unique.
Bref tampis, on arrive au refuge et là, surprise, il n’y a personne, c’est fermé. J’ai pourtant réservé et eu confirmation quelques jours avant. Il n’y a pas de réseau donc impossible d’appeler le gardien. Heureusement le refuge d’hiver est ouvert. Le problème c’est qu’on a rien à manger avec nous, on avait prévu pour les jours d’avant mais pas plus. Heureusement pour nous il y a un paquet de pâtes qui traine, on allume alors un feu comme on peut et on improvise avec les moyens du bord!
Total parcouru:
+623m / 720m- / 5h / 14km
Jour 22
Voilà l’heure du petit déjeuner. Mais quel petit déjeuner? Une pomme partagée en deux et deux biscuits c'est tout ce qui nous restait dans les sacs pour tenir toute la journée.
Alors départ pour le Pas du Diable avec un magnifique lever de soleil, de petits lacs partout sur le chemin, puis voilà le col et la mer de plus en plus proche! On continue quelques heures sur les crêtes, fini le paysage caillouteux, voilà enfin de l'herbe et des arbres.
C'est midi, on commence à avoir faim. Encore une petite heure avant le col routier où l'on espère croiser un restaurant ouvert. Et BINGO, le premier qu'on voit on saute dedans et on se goinfre, qu'est ce que j'avais faim!
Ce soir on dort dans un hôtel, une bonne douche et un bon repas, quel bonheur. Tout ce qu'il faut pour nous requinquer pour les derniers jours qu'il nous reste.
Total parcouru:
+355m / -1050m / 5h / 15km
Jour 23
Avant dernier jour, ça y est on voit presque le bout. C'est difficile à croire que demain soir on sera au bord de la mer. J'ai hâte et en même temps je ne veux pas que ça s'arrête!
Alors c'est parti, une marche tranquille pour commencer, un peu dans la forêt, un peu dans les hautes herbes, on voit la mer qui se rapproche, on peut deviner la côte maintenant. C'est super excitant et émouvant à la fois.
Après quelques heures de plus ou moins plat, voilà le début de la descente aux enfers. Une descente de trois interminables heures en pleins cagnard sur un petit chemin bordé de thym et de lavande. C'est très dur, j'ai mal aux jambes, j'en peux plus, on voit le village de Sospel en contre-bas, mais à chaque pas c'est comme si il s'éloignait... Je serre les dents c'est vraiment difficile aujoud'hui. Je crois que c'est le jour où je souffre le plus.
Les derniers jours on se fait plaisir, on dort que dans des hôtels et ce soir c'est chambre de luxe, douche à l'italienne, vue plongeante sur le beau village de Sospel. Mais bon au final tu dors pareil partout!
Total parcouru:
+534m / -1626m / 7h / 18km
Jour 24
Vingt-quatrième jour, dernier réveil, dernier jour de marche, c'est impensable.
On quitte Sospel, plus que vingt kilomètres à faire, je redoute la grosse descente sur Menton avec mes pieds fatigués. Pour l'instant ça monte, il fait chaud, j'ai jamais autant transpiré de ma vie, ça me coule dans les yeux c'est dégoutant!
Premier col atteint, il y a une battue en cours sur le chemin...on entend les chiens et les coups de feux en dessous, on traine pas trop, je ne suis pas très sereine.
Sortis de la zone de chasse, on commence la descente puis on s'octroie une pause à un joli self-service mis à disposition pour les marcheurs dans un beau jardin de permaculture.
Arrivés au dernier col du GR, le col du Berceau, le brouillard nous empêche de voir la mer mais ce n'est pas grave on y est bientôt! Ici, on retrouve les deux Briançonnais. Dernière ligne droite pour tout le monde, plus que deux heures de descente jusqu'à Menton.
Aller hop on y va, plus on descend plus le brouillard se dégage et là, on découvre Menton juste là en bas, c'est magnifique, la mer et la côte à perte de vue!
Pas de chance pour nos amis, l'un d'eux se fait une cheville dans la descente...
Nous on continue, papa fonce devant, moi je ne peux pas m'empêcher de trainer, de faire milles et une photos de ce paysage. Et puis je crois que je réalise gentillement que c'est la fin, surtout le retour à la civilisation. Je n'ai plus envie de descendre. Je veux rester dans ma montagne, j'y suis si bien. Je ne veux pas que tout ça se termine, tout est si beau, si tranquille.
Et voilà les pieds sur le goudron, une autoroute en bruit de fond, des gens et la voilà. La mer. Ca y est. On marche sur le sable, les gens sont en maillot de bains, nous en habits de montagne qui pues, quel décalage! On s'empresse d'enlever nos chaussures et nous voilà les pieds dans l'eau, c'est dingue! Je n'arrive pas à y croire. Aucun mot n'est assez fort pour décrire tout ça. Je me pose sur un cailloux, la ville de Menton et ses belles couleurs me regarde, le bruit des vagues me parait irréel. C'est tellement beau, je n'en reviens pas, me voilà en larmes et je commence à me poser milles et une questions: Qu'est ce que je vais faire maintenant? Pourquoi j'ai fais ça? Je pleure et je pense quelques minutes sur ce cailloux, puis je reprend un peu mes esprits. Et on est parti pour l'hôtel, une bière au bord de la mer et un bon restau bien mérité. On peut être fier de nous.
Total parcouru:
+1052m / -1400m / 7h15 / 20km
Jour 25
Premier réveil où l'on ne doit pas se préparer pour marcher. Ca fait bizarre, mais on va quand même devoir marcher un peu aujourd'hui, car il y a un magnifique jardin botanique à visiter, hors de question de passer à côté! Très très beau jardin botanique de Val-Rahmeh et très belle ville, on emporte quelques souvenirs même si les plus beaux sont dans nos têtes et on part direction l'aéroport.
Une heure d'avion, une heure à regarder par le hublot les larmes aux yeux tout ce qu'on a traversé. Et nous voilà à Genève.
L'aventure est finie, tout ça était incroyable. Il faut le vivre pour comprendre et je le referais sans hésiter.
Merci de m'avoir lue, j'espère vous avoir emmené un peu avec moi sur ce GR5 et que je vous ai donné envie de le faire car je peux que le conseiller!
PS: désolée pour les fautes d'orthographes j'ai fais au mieux! :)
Reportages à voir absolument:
Infos
Livre avec lequel j'ai tout organisé et marché: https://boutique.rts.ch/montagne/11758-topo-guide-la-grande-traversee-des-alpes.html
Carte avec laquelle je me suis préparée: https://www.outdooractive.com/fr/route/randonnee/rhone-alpes/grande-traversee-des-alpes-gr5-gr55-gr52/121393640/#dm=1
Page Facebook du guide Philippe: https://www.facebook.com/mesalpes/
Blog de Claude : https://le-gr5-de-claude.over-blog.com/